Rejetés : le gaspillage alimentaire au Luxembourg et la responsabilité politique

Depuis la création de Foodsharing Luxembourg en 2019, nous suivons de près les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires. Nous présentons régulièrement nos revendications politiques visant à les réduire et nous observons les mesures prises – ou non. Nous saluons certes le fait que le gouvernement reconnaisse ce problème, mais les mesures prévues dans le Plan d’action national  du 2 avril pour un système alimentaire durable 2026–2030 restent bien en deçà de ce qui est nécessaire. A la place de mesures contraignantes, le gouvernement mise avant tout sur la sensibilisation. À ce stade critique, nous nous demandons pourquoi il n’y a pas de volonté politique de lutter concrètement contre les pertes et le gaspillage alimentaires, alors qu’il manque aujourd’hui une véritable législation dédiée à cette lutte. Ce n’est pas qu’un manque d’ambition : c’est également un refus de prendre ses responsabilités. 

Les mesures de sensibilisation mises en place par le gouvernement permettraient, au mieux, d’atteindre les objectifs — déjà peu ambitieux — fixés par la directive européenne en matière de réduction du gaspillage alimentaire : une baisse de seulement 10 % dans la production et de 30 % dans le commerce de détail, la restauration et les ménages d’ici 2030.  L’agriculture reste ainsi totalement exclue de ces objectifs. Cette situation est également en contradiction évidente avec l’Objectif de développement durable 12.3, qui prévoit de réduire de moitié le gaspillage alimentaire dans l’ensemble des secteurs d’ici 2030 — un engagement que le Luxembourg a pourtant lui aussi pris. 

Le 30 avril, le gouvernement a également rejeté la motion 4542 de Joëlle Welfring contre le gaspillage alimentaire, malgré le soutien de l’ensemble de l’opposition. Les arguments avancés par les partis au pouvoir lors du débat à la Chambre révèlent une prise de conscience encore très limitée de l’ampleur du problème. Jeff Boonen a notamment estimé que les campagnes de sensibilisation étaient suffisantes, alors que de nombreuses études en psychologie comportementale montrent depuis longtemps que l’information seule suffit rarement à changer les comportements — un phénomène connu sous le nom de « écart entre l’attitude et le comportement ». Les changements de comportement demandent du temps, des ressources et un cadre adapté. Or, ce sont précisément ces conditions qui manquent dans un contexte marqué par des crises multiples et des inégalités sociales grandissantes. Luc Emering a, de son côté, évoqué de supposées conséquences négatives pour les supermarchés en France, sans qu’aucune preuve ne vienne étayer ces affirmations. Au contraire, la loi française de 2016 a permis d’augmenter les dons alimentaires tout en réduisant les coûts liés au traitement des déchets, au point de devenir aujourd’hui une référence au niveau international. 

À l’heure du réchauffement climatique et de la raréfaction des ressources, la lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires reste plus urgente et importante que jamais. Le gaspillage alimentaire, qui représente environ 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre [1], en émet trois fois plus que l’ensemble du trafic aérien mondial [2] ! Parallèlement, un tiers des denrées alimentaires est jeté. Cela signifie un gaspillage d’heures de travail, d’eau, de transport et d’engrais.

Les solutions existent pourtant depuis longtemps, mais le gouvernement refuse toujours de les mettre en place. En France, en Finlande ou encore en République tchèque, des obligations de don des denrées encore consommables existent déjà pour les commerces et les producteurs. D’autres pays, comme l’Italie, ont choisi d’encourager les dons en exonérant les entreprises donatrices de certaines responsabilités juridiques.

Parmi les autres mesures efficaces figurent également l’obligation de réduire les prix des produits proches de leur date limite de consommation ou présentant des défauts esthétiques, l’interdiction des formules « à volonté », la mise en place de réductions pour les précommandes, ou encore l’amélioration des systèmes de réemploi des emballages alimentaires.

Depuis notre lancement, nos bénévoles de Foodsharing Luxembourg ont sauvé 1000 tonnes de nourriture de la poubelle, ce qui n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan par rapport à ce qui pourrait être accompli. Chaque année qui passe, ce sont des tonnes de denrées alimentaires, de ressources et de protection climatique qui sont perdues. Ce qui manque, ce n’est pas la connaissance, mais la volonté politique. Et c’est précisément là que ce gouvernement échoue.

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